Les civils étrangers internés par les allemands

Les ressortissants civils des pays alliés sont regroupés par les allemands dans des camps d'internement dits Ilag (Internierungslager). Plusieurs de ces camps ont fonctionné sur le sol français, tous en zone occupée.

Les britanniques sont internés à partir de décembre 1940 (ordonnance allemande du 22 septembre 1940 1). Les américains le sont à partir de l'entrée en guerre des Etats-Unis en décembre 1941. Des ressortissants d'autres pays sont également internés: des Grecs, des Yougoslaves, des Cubains, des Brésiliens, des Haïtiens, des Guatémaltèques, des Boliviens etc.

Le camp de Drancy

L'ensemble de logements de Drancy, avant de devenir un camp de transit vers la déportation, a été utilisé comme Fronstalag pour prisonniers français (essentiellement alsaciens) et comme camp d'internement pour civils yougoslaves et grecs, puis britanniques de décembre 1940 à août 1941 sous les dénominations de Fronstalag 111 et Ilag 111.

A partir d'août 1941, 893 internés britanniques sont transférérés à la Grande Caserne de Saint-Denis.

Source : Drancy (1940-1944) Du Front-Stalag 111 au camp d'internement des Juifs par Michel Annet, A.P.R.A. Association Philatélique de Rouen et Agglomération

Le camp de Besançon

La caserne Vauban à Besançon est utilisée comme Fronstalag pour prisonniers de guerre sous l'appelation Fronstalag 142.

En décembre 1940, 3900 ressortissants britanniques, arrêtés par la police française sur ordre des autorités allemandes, arrivent à Besançon. Ces sont des femmes, des enfants et des vieillards. Ils viennent de la Région parisienne et de province. Ils sont internés à la caserne Vauban qui tout en conservant son appellation de Fronstalag 142 devient alors un Ilag (Internierungslager pour civils).

Environ 500 d'entre-eux (femmes enceintes ou avec bébés, vieillards, malades) sont dirigés vers l'hôpital Saint-Jacques de Besançon (annexe du Fronstalag 142).

     
 

Formulaire de prisonnier envoyé le 3 mars 1941 (date manuscrite) par une internée civile au Frontstalag 142 de Besançon, avec marque de censure du camp et marque additionnelle en allemand Gepruft u. zur Beforderung zugelassen (contrôlé et autorisé à circuler).

 
 

Les conditions d'internement au Fronstalag de Vittel y sont particulièrement mauvaises en raison du froid et de l'insalubrité.

En mai 1941 le camp de Besançon est fermé et les internés sont transférés au camp d'internement de Vittel.

Le camp de Compiègne puis de Clermont de l'Oise

Installé en juin 1941 dans la caserne de Royallieu à Compiègne, le Fronstalag 122 est sous la responsabilité exclusive des autorités miltaires allemandes, et à partir de l'été 1942 de la police allemande (SiPo-SD Sicherheitspolizei Sicherheitsdienst). Il est utilisé pour interner des communistes et des résistants (camp A), des ressortissants de pays ennemis (camp B; britanniques et pays du commonwealth, pays d'Amérique du Sud et surtout Américains à partir de décembre 1941), des juifs (camp C; c'est de Compiègne-Royallieu que part le premier convoi de déporté pour Auschwitz le 27 mars 1942).

Le camp B devient essentiellement peuplé de ressortissants des Etats-Unis d'Amérique au point qu'il est surnommé le camp américain.

     
 

Carte postale ordinaire envoyée le 2 mars 1942 à destination d’un interné civil américain au Fronstalag 122 de Compiègne.

 
 

En mars 1944, le camp B est vidé de ses occupants qui furent transférés à l’asile de Clermont de l’Oise où les conditions d’incarcération s’améliorèrent jusqu’à leur libération début septembre 1944.2

     
 

Carte postale formulaire de prisonnier envoyée le 16 mars 1944 par un interné au camp américain de Compiègne (Oise). La carte annonce le transfert imminent du camp B (camp américain) à Clermont de l’Oise.

 
 

Le camp de Vittel

En avril 1941, les internés britanniques du Fronstalag 142 de Besançon sont transférés à Vittel. Les nombreux hôtels de la station thermale de Vittel sont ainsi transformés en Ilag (Internierungslager). L'Ilag Vittel conserve jusqu'en août 1941 l'appellation de Fronstalag 142 qui était attribuée à l'Ilag Besançon.

Les conditions d'internemement à Vittel sont bien meilleures qu'à Besançon. Le but des autorités allemandes et d'en faire un camp-vitrine vis-à-vis les puissances ennemis et de la Croix-Rouge afin de montrer le respect des conventions internationales et d'obtenir en retour un bon traitement des prisonniers allemands aux mains des britannques.

En septembre 1941, l'Ilag Vittel prend l'appellation de Fronstalag 121 jusqu'en décembre 1943.

     
 

Formulaire britannique de prisonnier (par avion) envoyé le 9 mars 1942 de Rocksdale (Grande-Bretagne) à destination d’une civile britannique internée à l’hôtel Continental. Marque de contrôle civil britannique et marque de contrôle allemande du Frontstalag 121.

 
 

En décembre 1943, l'Ilag Vittel est rattaché administrativement au complexe de camps pour prisonniers de guerre dit Frontstalag 194 (qui comprenait le Fronstalag de Nancy et les camps annexe de Châlons-sur-Marne et Vesoul), commandé par le capitaine Otto Landhauser, de l'armée allemande.3

     
 

Formulaire-réponse spécifique au camp d’internement de Vittel (Internierten-Lager Vittel) envoyé d’Acton (Grande-Bretagne) le 26 juin 1943 à destination d’une civile britannique internée à l’hôtel des Sources. Contrôle postal britannique des prisonniers de guerre et contrôle du Fronstalag 194 dont le camp d’internement de Vittel dépendait.

 
 

La lettre ci-dessous, envoyée de Grande-Bretagne en mai 1944, porte un cachet de contrôle du Stalag XII F. Ce contrôle peut laisser penser que le camp de Vittel a été rattaché administrativement à ce Stalag au cours de l'année 1944, cette hypothèse restant toutefois à vérifier.

     
 

Formulaire britannique de prisonnier (par avion) envoyé le 31 mai 1944 d’Ipswich (Grande-Bretagne) à destination d’une civile britannique internée au Grand Hôtel de Vittel. Marque de contrôle britannique des prisonniers de giuerre, marque de contrôle allemande du centre de contrôle de Francfort et marque de contrôle du Stalag XII F de Metz. Cette dernière marque peut laisser penser que la camp de Vittel a été rattaché administrativement au Stalag XII F.

 
 

Le camp de Vittel est libéré par l'armée française de Libération le 12 septembre 1944.

La grande caserne de Saint-Denis

Un camp allemand est créé en juillet 1940 dans la caserne des Suisses, dite Grande Caserne, à Saint-Denis, sous la dénomination de Fronstalag 220. Il sert alors de camp de transit pour prisonniers de guerre, avant leur transfert en Allemagne. Cette fonction de transit cesse en juillet 1941 : le camp change alors d'affectation en devenant un camp d'internés civils. Il perd alors sa dénomination de Fronstalag 220 pour devenir le Zivil-Internierungslager Saint-Denis (Z.I. Lager) dépendant du Fronstalag 122 de Compiègne.4

En août 1941, 893 internés britanniques provenant du Fronstalag 111 de Drancy sont transférés à la Grande Caserne de Saint-Denis. Le camp n'héberge que des civils Britanniques et la population augmentera au fur et à mesure de arrestations. Le camp de Saint-Denis héberge des hommes valides, les femmes, enfants, vieillards étant eux envoyés à Besançon puis Vittel.

     
 

Formulaire de prisonnier envoyé le 10 février 1943 (date manuscrite) par un civil britannique interné à la grande caserne de Saint-Denis et à destination de Londres (Grande-Bretagne). Marque spécifique du camp Geprüft N° 4 et censure britannique.

 
 
     
 

Formulaire britannique de prisonnier (par avion) envoyé le 9 juin 1943 de Brigg (Grande-Bretagne) à destination d’un civil britannique interné au camp de la Grande Caserne de Saint-Denis. Marque de contrôle britannique des prisonniers de guerre et marque allemande du centre de contrôle de Francfort. Le cachet de transit Paris – prisonniers de guerre n’est que rarement utilisé sous le régime de Vichy.

 
 

Les internés ont créé de nombreuses cartes illustrées et imprimées par leurs soins.

Le camp de la Grande Caserne de Saint-Denis est libéré lors de la libération de Paris le 25 août 1944.




1 "... en application d'une ordonnance allemande du 22 septembre 1940, suivie d'un décret du 16 novembre, l'arrestation et l'internement à DRANCY de tous les civils britanniques de la zone occupée seront effectifs." in Drancy (1940-1944) Du Front-Stalag 111 au camp d'internement des Juifs par Michel Annet, A.P.R.A. Association Philatélique de Rouen et Agglomération

2 Les internés américains du camp B de Royallieu : des internés oubliés Le Patriote Résistant n° 904 - janvier 2016.

3 Vittel sur le site du United States Holocaust Memorial Museum.

4 Les prisonniers de guerre français 1940-1945 - premiers temps de la captivité sur le site de l'A.P.R.A. Association Philatélique de Rouen et Agglomération